Apprendre aux chiots à apprendre par eux-mêmes

Le stress et l’anxiété sont des problèmes très communs que nous pouvons observer dans le monde du comportement canin. Si nous excluons les facteurs comme la douleur et la maladie, nous découvrons souvent que le problème principal est dû à des interactions inappropriées avec des êtres humains (nous sommes souvent le problème !).

La nature est sage. La plupart des comportements appris par un chiot le sont par du renforcement intermittent. Par exemple, visualisez un chiot essayant de « chasser » quelque chose (le chercher, le poursuivre, l’attraper, etc.). Il est probable qu’il ne réussisse pas à chaque fois et qu’il essaye différents comportements au cours de ses essais. Ceci commence le processus de renforcement de la capacité des chiots à gérer la frustration. Ils apprennent qu’ils ne seront pas toujours capables d’obtenir ce qu’ils veulent. A travers ce processus d’auto-apprentissage, ils développent une capacité naturelle à tolérer la frustration.

Quand les humains sont au cœur de ce processus d’apprentissage, ils font défaut à ce renforcement continu d’essai, de construction d’un nouveau comportement chez le chien. Ceci peut être au final une approche contre-productive, surtout dans la période d’enfance et d’adolescence du chien où le développement et la construction du cerveau sont très sensibles aux influences. La relation d’un chiot avec son humain a un énorme impact sur le début de son développement, particulièrement en ce qui concerne la manière dont il gère des sentiments comme la frustration ou la solitude. Si nous créons une réalité qui n’est pas naturelle d’un point de vue canin, cela peut avoir des effets très négatifs.

Les émotions négatives comme le stress et l’anxiété sont des facteurs à risques pour le développement d’un cerveau sain. En tant qu’humains, nous pouvons offrir le meilleur départ possible à nos chiots en :

  • Promouvant des expériences émotionnelles positives
  • Offrant des choix et des niveaux d’autonomie adaptés
  • Aidant les chiots à développer une bonne capacité à se gérer et à persévérer

Les expériences en début de vie peuvent impacter l’architecture du cerveau. Les humains peuvent faciliter les expériences positives en permettant aux chiots d’essayer de nouvelles choses, d’être curieux, de mal comprendre et d’accomplir des choses tout seuls.

Tout comme nous, les chiots et les chiens sont dans un processus continu d’apprentissage – tout moment est bon pour enseigner, tout moment est bon pour apprendre et toutes les expériences peuvent être utilisées pour construire un apprentissage qui a du sens.

Appendre par essais et erreurs permet aux chiots de faire l’expérience du monde tel qu’il est vraiment. En tant qu’humains, nous devons les guider à travers des expériences appropriées ainsi qu’être empathiques et conscients de leur stade actuel de développement. Moins intervenir nous permet d’être leur « meilleur humain ». Etre le « meilleur humain » d’un chiot c’est principalement rester en arrière-plan, leur permettre des choix et de la liberté tout en étant toujours prêt à intervenir si les choses deviennent trop intenses ou trop difficiles pour le chiot.

Un autre aspect crucial à considérer lors de l’apprentissage est l’individualité – les chiots grandissent en fonction de leurs caractéristiques uniques. Comme les humains, ils peuvent être plus ou moins timides, plus ou moins curieux, plus ou moins athlétiques, etc. Nous devons accepter ces différences individuelles et éviter de constamment essayer de modifier qui ils sont.

Voici un exemple concret

Notre chiot Tuska est en train de jouer avec un de ses jouets favoris et il atterrit sous le sofa. Elle commence à essayer de l’atteindre.  

Il y’a plusieurs options en ce qui concerne la manière dont nous pouvons réagir en tant qu’humains avec chacune leurs conséquences :

  1. a) Se lever du sofa et aller rechercher le jouet à chaque fois qu’il est hors de portée.
  2. b) Permettre à Tuska d’essayer d’aller chercher le jouet elle-même. Si elle n’y arrive pas alors de temps en temps (toujours une fois que Tuska a accepté l’idée qu’elle ne pouvait pas atteindre le jouet et est passée à autre chose), aller chercher le jouet et lui rendre.

Avec l’option a) nous n’aidons pas vraiment Tuska à comprendre qu’elle n’aura pas toujours ce qu’elle désire. Elle pourrait aussi commencer à nous inciter à lui rendre le jouet en nous aboyant dessus ou en pleurant, ce comportement étant celui que nous avons renforcé par inadvertance. En faisant cela, nous risquons d’encourager une dépendance et une incapacité à gérer la frustration, ce qui peut conduire à du stress.

L’option b) nous offre l’opportunité d’être le « meilleur humain » du chiot puisque nous pouvons produire des jouets comme par magie ! Nous respectons l’individualité du chiot, les circonstances et sa capacité à apprendre et gérer des évènements de la vie courante. Ils ont déjà tellement d’intelligence en eux, simplement observer le processus d’apprentissage peut déjà être extrêmement gratifiant.

Texte de Inés Jiménez Álvarez traduit par Pryschka Dehaene

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